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SI L’ON POUVAIT PRIER EN ENFER ...
(Homélie d’ordination presbytérale)
TEXTE INTEGRAL Je vous salue tous d’où que vous veniez et qui que vous soyez. Merci du fond du cœur pour votre présence ici qui en dit long sur votre amour envers l’Eglise de Natitingou. L’année prochaine, en 2011, elle aura 70 ans. Elle ne donne encore aucun signe de sénilité. Elle ne souffre d’aucun symptôme de ménopause. Bien au contraire, elle semble se renouveler et se rajeunir chaque jour. C’est ainsi que je la vois. Elle devient de plus en plus belle, animée du souffle vitalisant de l’Esprit Saint. La preuve, aujourd’hui encore, elle engendre des quintuplés dans le sacerdoce, tous beaux et forts, tous joyeux et décidés à être des missionnaires au cœur de flamme. Eglise de Natitingou, tu es séduisante. Reste servante du Seigneur et tu rayonneras encore davantage. Tout à l’heure, chers ordinands par l’imposition des mains du presbyterium et la prière consécratoire, vous allez recevoir le sacerdoce presbytéral, le 2é degré du sacrement de l’Ordre. Et vous serez prêtres pour toujours. "Tu es sacerdos in aeternum". Pas de marche en arrière. C’est le couronnement de longues années de formation. Après le BAC vous avez fait 7 ans d’études, plus une année de stage pastorale. Ce qui fait donc BAC + 8 comme on dit. Qu’il vous soit impossible d’oublier ceux qui vous ont accompagnés. Je pense à tous vos éducateurs, qui ont contribué à votre formation dans les divers séminaires de Ouidah ou de Rome. Ils vous ont formé intellectuellement mais aussi humainement, moralement et spirituellement. Car une formation intellectuelle sans formation du cœur mène aux conséquences néfastes de l’orgueil intellectuel. Au centre du christianisme se trouve le cœur, et l’amour préférentiel de Dieu pour les pauvres. La tête ne vient qu’en seconde position. En cette année sacerdotale dédiée au saint Curé d’Ars, Patron de tous les prêtres, je veux lui laisser la parole pour qu’il nous dise ce qu’est le prêtre. « Vous auriez deux cents anges-là , qu’ils ne pourront pas vous absoudre. Un prêtre, tant simple soit-il, le peut. Il peut vous dire: "allez en paix, je vous pardonne". Oh que le prêtre est quelque chose de grand! Le prêtre ne se comprendra bien que dans le Ciel… Si on le comprenait sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d’amour. Le prêtre n’est pas prêtre pour lui. Il ne se donne pas l’absolution. Il ne s’administre pas les sacrements. Il n’est pas pour lui, il est pour vous. Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus. Quand vous voyez un prêtre, pensez à notre Seigneur ». Après cette longue et profonde pensée, je pourrais me taire. Car elle complète. Dans mon enfance, j’ai eu trois bons Curés s.m.a (Société des Missions Africaines). Ils m’ont marqué pour toujours. Ils avaient des traits communs: une foi solide en l’Eucharistie, un dévouement "têtu" envers les pauvres et les petits, et une piété exemplaire envers Chers amis, en ce beau jour de votre engagement définitif, je voudrais vous rappeler la priorité de la prière par rapport à l’action. La prière, dit-on, c’est la respiration de l’âme. Celui qui ne respire pas bien s’étouffe et se meurt. Mais reconnaissons-le honnêtement: la prière est un combat. Combat contre qui? Contre nous-mêmes. « L’ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c’est vous, lorsque vous êtes divisés en vous-mêmes » dit l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ (chapitre 13). Le catéchisme de l’Eglise Catholique renchérit."On prie comme on vit, parce qu’on vit comme on prie". Et St Alphonse de Liguori enfonce davantage le cloue. "Qui prie se sauve certainement. Qui ne prie pas se damne certainement". Le Monastère Notre-Dame de l’Ecoute, haut lieu de prière, où vous avez fait votre retraite ces jours-ci, a été fondé d’abord pour soutenir la vie spirituelle des prêtres. Retenez cela. Nous remercions encore les Bénédictines pour leur sacrifice inestimable. Si le prêtre banalise ou bâcle la prière au profit des affaires de ce monde, la vraie joie en lui diminue, il devient bizarre et ses pouvoirs spirituels manquent de rayonnement. Ce prêtre-là s’ennuiera et ennuiera le peuple de Dieu. Ou bien il s’en retournera dans le monde, ou bien il grincera des dents, mordra les fidèles comme un chien enragé et finira par vivre seul et isolé. Si le prêtre ne compte pas d’abord sur le Seigneur et ne se soumet pas à son Eglise divine, il deviendra mondain. Il se laissera ballotter par tous les vents contraires à la morale naturelle et à la sainteté de vie. Il finira par s’habiller comme n’importe qui, et sera la proie de l’Esprit du mal. Il aura honte par exemple de sa soutane. Il s’opposera avec maladresse au Magistère de l’Eglise. Il jouera au savant ou à l’intellectuel, et commencera à vivre son enfer sur terre. Tout cela parce que le feu de l’amour de Jésus ne l’habite pas. Car sans la prière, le prêtre n’a pas de force, pas de garde-fou, pas de vie intérieure. Il est exposé. La prière réhabilite tout. Même pour détruire l’enfer, la prière en est capable. Comme le dit le St Curé d’Ars : "Si l’on pouvait prier en enfer, l’enfer n’existerait plus". Vous m’avez compris, chers ordinands. Il vous est permis de tout laisser tomber mais pas la prière. La télévision, l’ordinateur, le portable, le cyber, l’internet peuvent être de précieux instruments de travail et de culture. Mais si vous les laissez envahir votre vie, vous êtes cuits et perdus; vous redeviendrez des païens. Des prêtres païens, personne n’en veut sauf Satan, évidemment... Le Pape Jean-Paul II confirme éloquemment et en peu de mots ce que je vous dis-là . Ecoutons-le: « Pour évangéliser le monde, il faut être des apôtres "experts" en célébration, en adoration, et en contemplation de l’Eucharistie ». (Message pour la journée mondiale de la mission en 2004). C’est là le secret du succès de notre pastorale. Mettez donc au centre de votre vie la liturgie du saint Sacrifice de la messe: elle est à la fois prière d’adoration, de louange, d’action de grâce, de supplication, de réparation, et d’offrande de soi pour notre salut et le salut du monde. La liturgie est comme une grande dame qui exige beaucoup de soins et de délicatesse. Elle est un langage concret et hautement spirituel. Elle comporte tout un ensemble de gestes et de paroles, d’objets et de symboles sacrés qui ont un sens précis et qui doivent exprimer la foi de l’Eglise et faire grandir le fidèle dans cette foi. Les règles liturgiques ne peuvent donc pas être livrées à l’improvisation, au caprice, à la fantaisie et à la commodité de chaque célébrant. La grandeur des sacrements veut qu’on veille à la qualité des célébrations ; et cette qualité réside dans le respect des rubriques mais surtout dans la vie intérieure de celui qui célèbre. Saint Jean Marie Vianney se préparait pendant un long temps d’adoration avant de célébrer. Rien ni personne ne pouvait empêcher ce temps. Malheureusement il y a des chrétiens et même des prêtres qui doutent de Voici un fait vraissemblable concernant Mère Thérèsa sur cette question. « Un jour un prêtre peu croyant vient donner une conférence à ses Sœurs. Il se permet d’émettre des doutes sur la présence réelle de Jésus dans le Saint Sacrement. Mère Thérèsa, cette femme de petite de taille, courbée et fragile, se lève, s’approche calmement du géant et savant Conférencier, le prend par la main et le reconduit à la porte, en le priant de ne plus jamais revenir. Puis elle prend la place du Conférencier pour exposer à ses Religieuses la doctrine de l’Eglise catholique en cette matière ». Bravo. Une chose est d’être abîmé, autre chose est de vouloir abîmer les autres. Personne n’a le droit d’enseigner ses doutes ni de modifier arbitraiment la foi traditionnelle de l’Eglise. Vos opinions personnelles en matière de foi et de morale chrétienne, gardez-les pour vous. Le Peuple n’en a pas besoin... Attention donc à votre prédication. Ce qu’on recherche auprès d’un prêtre, ce n’est pas tellement le brillant orateur. Le saint Curé d’Ars ne savait pas prêcher, l’apôtre saint Paul non plus. Je veux dire que ce n’étaient pas des rhéteurs ni des orateurs éloquents. Et pourtant ils ont fait beaucoup de convertis avec la grâce de Dieu. Lacordaire, le plus grand prédicateur du 19è siècle, disait de lui-même: « Après mes conférences, les gens continuent d’en parler dans les salons (au Bénin on dirait dans les cabarets ou les buvettes); mais après la prédication du Curé d’Ars, ils allaient au confessionnal ». Le but de la prédication c’est la conversion du pécheur, l’augmentation de l’engagement et de l’amour du fidèle envers Dieu et les pauvres. Si les gens viennent à vous parce que vous n’osez pas leur dire la vérité ou pour le chatouillement agréable de leurs oreilles, c'est-à -dire pour vos belles phrases poétiques et savantes, vous êtes comme un tam-tam troué, dont le son ne fait danser personne. Je vous en supplie, prêchez humblement. Pas de bavardage stérile, pas de discours oiseux pour être applaudi. Car la prédication est une œuvre surnaturelle. Son contenu c’est Jésus, Chemin, Vérité et Vie... Rappelez-vous que la première condition pour suivre le Christ c’est le renoncement ou la dépossession de soi. Elle commence par la dépossession du matériel et des commodités. Sans cette dépossession volontaire des biens de la terre, sans cette dépossession de vous-mêmes et de vos opinions, il vous sera imposible de vous unir au Christ et de vivre la chasteté évangélique et surtout l’obéissance à l’Evêque. Le Saint Curé d’Ars nous donne un exemple éloquent de son esprit de détachement. Il avait fondé un orphelinat: " Des difficultés, des déceptions et des incompréhensions, vous en rencontrerez de toutes sortes. Ce sera votre croix. Accueillez-là . Elle sera comme une échelle à gravir pour grandir en sainteté. Mais pour tenir bon, vous compterez toujours sur le secours de Dieu. Sainte Thérèse est restée 8 ans dans le tunnel spirituel. Mère Thérèsa, 50 ans. Et elles sont deux grandes missionnaires. Alors, tenez bon. Et surtout pas de scandale. Le prêtre est comme placé sur un podium: de partout on le voit, sur les petits écrans comme sur les écrans géants. Notre Seigneur, si doux envers les pécheurs, est très dur envers ceux qui sèment du scandale. Leur sort est dramatique: une meule au cou et on les jette au fond de la mer pour qu’ils ne réapparaissent plus jamais. Et maintenant, en cette année internationale du sacerdoce mais aussi année de la famille dans notre diocèse, je voudrais rappeler cette phrase célèbre du Pape Saint Pie X: « Toute vocation sacerdotale vient du cœur de Dieu, mais elle passe par le cœur de la mère ». Chères mamans, je compte sur vous pour que l’Atacora devienne une source intarissable de bons et saints prêtres pour le diocèse et pour le monde entier. O femmes chrétiennes, je voudrais vous exhorter à la maternité spirituelle envers les séminaristes. Tendez bien l’oreille : toutes les femmes peuvent devenir mères d’un séminariste. Je veux parler de la maternité spirituelle. L’Eglise a besoin de familles chrétiennes qui adoptent les séminaristes par une saine affection, par la prière assidue et des sacrifices réguliers. Demandez au Seigneur le nom d’un séminariste petit ou grand, connu ou imaginaire, et portez-le dans votre coeur. Tournons-nous enfin vers Omnium servus |
| Mise à jour le Mercredi, 03 Mars 2010 18:52 |
