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L’HÔPITAL DE TANGUIETA UN VRAI CNHU EN BROUSSE
TEXTE INTEGRAL Aujourd’hui, c’est la fête de St Jean de Dieu, c’est la fête des 40 ans de l’hôpital, c’est la fête de tout l’Ordre hospitalier des Fatebenefratelli, je souhaite bonne fête à tout le monde. A l’issue de l’Eucharistie, nous aurons la cérémonie de décoration officielle du Frère Florent, le Médecin-Chef, travaillant ici depuis l’inauguration de l’hôpital. A l’époque il avait 24 ans. Quand j’ai appris la nouvelle de la décoration, je lui ai envoyé aussitôt un mot de félicitation. Qu’il me permette de faire lecture de sa belle réponse à ma lettre. « Excellence et Bien cher ami, Ce matin avant de me rendre à la messe, je tiens à vous dire merci, merci pour votre mot concernant cette décoration qui m’intrigue un peu mais que j’accepte volontiers  dans l’espoir qu’elle devienne la décoration du personnel de cet hôpital,  pour le bien de l’œuvre et pour ses destinataires. En effet qu’est-ce que le frère Florent serait s’il n’était pas frère de Saint Jean de Dieu et s’il n’avait pas l’honneur de servir dans un œuvre comme l’hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta? Merci Mgr pour vos paroles encourageantes, merci pour votre soutien priant. Nous faisons de façon à ce que cette œuvre témoigne du Christ Miséricordieux et nous encourageons  frères et collaborateurs pour que cet hôpital rayonne dans notre pays pour l’honneur de toute l’Eglise Catholique au Bénin. Nous sommes heureux de savoir que vous serez là  à notre fête de Saint Jean de Dieu et à cette manifestation. Que Dieu vous garde ! Fr. Florent. Oh ». Que peut-on ajouter à ces mots sortis tout chauds du cœur? Rien. Merci Frère Florent de nous dire très simplement que vous recevez cette décoration grâce à vos collègues de travail, votre Institut hospitalier et l’Eglise Catholique. C’est vrai, mais c’est aussi grâce à vos nombreux malades que nous sommes. C’est grâce à nous qui vous avons sollicité à temps et à contre temps pour vous confier nos corps en panne à réparer. Ne nous oubliez pas. Merci à vous et à vos collaborateurs pour avoir réussi à faire de cet hôpital une grande maison familiale, une structure sanitaire internationale pas comme les autres. Par vos compétences reconnues, votre dévouement proverbial, votre regard apaisant, votre attention touchante, vos relations affables, vous attirez tous les patients et les mettez en confiance, sans tenir compte de leur credo ni de leur origine, ni de leur statut social. En effet, les malades viennent des quatre coins du Bénin et de plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest. Tanguiéta est une référence. J’ai osé dire un jour à un Ministre de Santé en visite ici: "Soutenez notre hôpital; il est en brousse, mais il est plus important que le CNHU de Cotonou ". Le Ministre, d’accord avec moi, m’a répondu du tac au tac: "Vous prêchez à un converti". En effet, à Tanguiéta, on accueille le malade comme un ami, et on l’hospitalise avec un membre de sa famille ou de sa communauté. C’est plus humain. Car tout malade reste membre d’un corps social vivant. Ici, le rythme de travail est affolant mais non stressant. Car les liens d’amitié, vite tissés, créent un climat de convivialité. Le sourire du personnel soignant maintient haut le moral du malade et l’aide à espérer en des jours meilleurs. La prière et la foi des uns et des autres créent, favorisent et entretiennent cette ambiance idéale... La parabole du Bon Samaritain que nous venons d’entendre me pousse à insister sur la compassion. Tout est centré sur cette phrase: "Il fut saisi de pitié", envers un pauvre inconnu, mort plus qu’à moitié. La compassion le rendit aussitôt actif. Les nombreux verbes utilisés par Jésus le montrent. Une fois remué dans ses entrailles, le Samaritain s’approche, il soigne, il verse de l’huile, il le charge sur sa monture, il l’amène à l’auberge. Il sort de son porte-monnaie deux pièces, les donne à l’aubergiste et lui dit: « Prends soin de lui ». Dans ces gestes osés pour sauver cet homme gravement blessé, nous décodons aisément la tendresse, le désintéressement, le souci de tout faire pour sauver une vie en danger. Le Bon Samaritain s’est mis à la place de ce moribond qui ne pouvait même plus crier au secours. St Jean de Dieu, Patron des infirmiers et des hôpitaux, est un autre Bon Samaritain. Né un 08 mars, il est mort un 08 mars. C’était au XVIè siècle. Son nom était Jean. Son Evêque lui ajouta "de Dieu". Et on l’appela: Jean de Dieu. Il est issu d’une famille pauvre mais très pieuse. Sa mère mourut alors qu’il était encore très jeune. Son père finit comme religieux dans un Couvent. Nous faisons l’éloge de l’éducation reçue de ses parents. Les valeurs familiales se transmettent. L’éducation reçue en famille est ce sur quoi repose la personnalité future de l’homme. La crainte de Dieu et les valeurs humaines comme l’attention aux autres, l’honnêteté, le souci du bien commun, le respect envers l’autorité, la fidélité au devoir sont les fondations sur lesquelles se bâtissent toutes les autres formations. En félicitant les parents, en cette journée internationale de la femme, je veux faire un clin d’oeil aux femmes et aux mères de famille. Nous ne le savons que trop: chacun de nous avant de naître a commencé à vivre dans le sein d’une femme. O femmes, c’est à vous que Dieu a confié la vie. C’est un mystère. Ne permettez pas qu’on pollue votre corps avec des pilules, des préservatifs, des corps étrangers introduits dans votre intimité. Ne permettez pas qu’on vous dévalue par des spots publicitaires éhontés ou par des discours erronés et pernicieux sur l’égalité entre la femme et l’homme. C’est toujours les femmes qui doivent être égales aux hommes et jamais le contraire. Le modèle de la femme ce n’est pas l’homme, c’est Dieu. Il nous a créés différents pour que nous soyons complémentaires… Il nous a créés à son image et à sa ressemblance. Quoi de plus noble ! Cherchons plutôt à être comme Dieu, notre créateur et notre image. Il est saint, miséricordieux et parfait. Avec les idéologies fantaisistes sur l’émancipation de la femme, on nage dans le flou. C’est la confusion totale. On promeut la parité et on ne s’occupe plus de la spécificité. Or, le corps de la femme est d’une spécificité unique. Chez la jeune fille, tout est cyclique. Tous les mois elle verse son sang. Ce symbolisme est grand. L’homme aussi verse son sang, mais c’est au combat pour produire la mort. Chez la femme, le sang est en rapport avec la vie. Son être est doté d’un espace intérieur pour accueillir tendrement la vie. Et cet espace n’est pas passif mais actif: "Lorsqu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle". Reconnaissez avec moi que le premier berceau de l’humanité ce n’est pas l’Afrique mais le sein de la femme. C’est inhumain d’encourager la femme à faire des avortements. Transformer son sein en tombeau ou en un lieu d’exécution d’innocents c’est horrible, c’est un crime contre l’humanité. En outre, c’est appauvrir l’humanité que de demander à la femme d’abandonner sa féminité pour singer l’homme. L’être de la femme est beaucoup plus riche, beaucoup plus varié et plus complexe que celui de l’homme. Paradoxalement, plus on cherchera à masculiniser les femmes, plus le monde deviendra violent. Car la compassion et l’accueil des faibles, vertus communes au personnel soignant et aux femmes, disparaîtra. Sans compassion le cœur est insenssible, anesthésié, c’est l’enfer. Personne ne bouge pour secourir ceux qui en ont le plus besoin. Et leur situation ne s’améliorera pas. Chers Frères, chers agents de l’hôpital, je bénis le Seigneur parce que la compassion vous habite. Votre coeur est sensible aux misères et aux souffrances de tous les fragilisés. La compassion évangélique est source de vocations missionnaires et point de départ du don de soi aux plus pauvres. Merci à tous les missionnaires venus d’ailleurs. En effet, les Frères "Fatebenefratelli" ne sont pas venus ici parce que c’était un paradis terrestre mais plutôt parce que c’était une des zones les plus difficiles. C’était la brousse. Ils sont venus par compassion pour nous. La compassion pousse à faire un geste, une action sans retard, pour secourir celui qui souffre. Prions pour que pendant la décoration, la sirène de l’ambulance ne nous alerte pas. L’infatigable Frère Florent, j’en suis sûr, nous abandonnera immédiatement avec notre médaille et nos discours pour aller porter secours au malade en danger de mort. La compassion est comme un réflexe qui se déclenche automatiquement face à la misère. C’est le réflexe par excellence des imitateurs du Dieu bon et miséricordieux. Et ce réflexe, qu’aucune force ne peut arrêter, passe avant tout protocole humain... A l’homme compatissant, Dieu donne une jeunesse permanente, une joie indicible et un dynamisme étonnant. Laissons-nous toucher par Jésus-Christ, le Bon Samaritain, et notre vie sera transformée. Dieu a besoin de nous pour améliorer les conditions de vie des petits et des pauvres. Le bien que nous ferons aux autres, Dieu nous le rendra au centuple. N’en doutez nullement. Merci encore au personnel de cet Hôpital, qui travaille nuit et jour, sans jamais faire de grève, et cela depuis 40 ans. Merci de ne pas exiger des primes et des indemnités à votre Evêque avant de vous pencher sur le pauvre malade. Nous le savons, beaucoup de personnes dans l’administration civile sont infectées par le démon de l’argent et les soucis de fausse grandeur. Les grèves répétées, la soif exagérée des primes et des indemnités peuvent tuer ce pays. Heureusement qu’il y a Tanguiéta! Vous, je vous supplie d’avoir les yeux toujours fixés sur Jésus le miséricordieux, l’ami des malades. Et votre récompense sera grande non seulement dans les cieux mais déjà sur la terre. Mon souhait se fait prière: Seigneur, que les Frères de Saint Jean de Dieu se multiplient dans ton Eglise. Que les Béninois imitent leur dévouement désintéressé. Et qu’ils donnent la meilleure image de Jésus, celle du Bon Samaritain toujours préoccupé du bonheur des abandonnés et des souffrants. Amen Mgr Pascal N'KOUE
Omnium Servus |
