LE SAINT SUAIRE DE TURIN
Au sein de la Cathédrale de Turin (Italie) se trouve une mystérieuse toile de lin, celle qui aurait enveloppé le corps du Christ crucifié...
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JE CROIS A L’UNITE DU PRESBYTERIUM

Les collaborateurs permanents de l’Evêque  diocésain sont, en tout premier lieu, les prêtres; ils forment avec lui le presbyterium ou collège des prêtres. Même si les tâches confiées sont diverses, tous visent le même but: coopérer ensemble à l’œuvre d’évangélisation et construire le Corps du Christ qu’est l’Eglise UNE (Jn 17,20).

De même que nul n’est intelligent tout seul, de même nul n’est prêtre tout seul. Si l’être humain est fait pour le don et le don de soi aux autres, à plus forte raison le prêtre qui doit être constamment habité par l’esprit de sacrifice. Une chose nous empêche de vivre pleinement cette dimension : c’est l’égoïsme, les jalousies, le mirage des fausses grandeurs. On nous appelle Monsieur l’Abbé, Mon Père et même Monseigneur. Et nous pouvons croire que ce sont des titres surtout honorifiques ou des mérites de notre part. Chercher à être applaudi quand on passe, chercher à briller, chercher à dominer le peuple à l’ambon, chercher à se soumettre des fidèles qui nous admirent peut être une tentation permanente. Ce ne sont pas seulement les hommes politiques qui sont infectés et empoisonnés par cette image de grandeur terrestre. Les fils de Zébédée n’y ont pas échappé, et les autres apôtres qui s’indignèrent contre eux non plus. Est-ce un hasard si notre Seigneur nous avertit que pour le suivre, il faut d’abord se détacher de son "ego", renoncer à soi-même et accepter de prendre sa croix?

Dans le presbyterium, le grand défi reviendra toujours à construire autour du Christ une unité qui respecte la différence. C’est un souci permanent pour l’Evêque diocésain. Avec des gens aux idéologies différentes et même aux caractères opposés, le Christ, en son temps, a créé une équipe soudée, le collège des apôtres. Et ce sont sur eux que repose l’Eglise mue par l’Esprit Saint. Prenons-les un à un. Pierre, nous le savons, était un impulsif généreux mais poltron; quoique chef de file, il n’a pas osé se montrer garçon devant une pauvre fillette. Jacques et Jean, surnommés fils du tonnerre, parce que très bouillants, ont détalé en quatrième vitesse au premier grondement de tonnerre, quand on est venu arrêter Jésus. Simon, le zélote, était un extrémiste violent, un anti-Romain déclaré, aujourd’hui on dirait un braqueur raciste ou un nationaliste poseur de bombe. Mathieu, le collecteur d’impôts, était un collaborateur de l’impérialisme romain, un corrompu sans scrupules; les Béninois savent de quoi je parle, n’est-ce pas? N’insistons pas. Judas Iscariote, l’expert-comptable du groupe, nous est bien connu par sa traitrise; il vaut mieux ne pas faire de commentaire sur ce triste et mystérieux personnage. Passons rapidement à un autre. Thomas, le rationaliste, souvent absent du groupe, fait penser à nos syndicalistes grévistes, jamais sur les lieux de travail, et toujours en train de protester. En bon "cartésien", il n’était pas porté à croire facilement à la résurrection des cadavres etc. Le seul qui sauvait l’honneur du groupe c’était Nathanaël, un véritable fils d’Israël, qui ne savait pas mentir. Et pourtant, avec cet attelage disparate, Jésus a réussi à former une  grande unité autour de sa personne. Ce n’était pas  facile pour lui tous les jours  de gérer ce dispositif pas très discipliné, et surtout peu enclin à entrer dans sa logique de renoncement à soi, pour accepter le message poignant de la croix qui sauve. Ces apôtres énervaient souvent le Maître. En témoignent certaines de ses expressions: "Esprits lents à croire et à comprendre, jusqu’à quand vous supporterai-je ? Ou encore: Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? ". Comme on le dit en langage commun : Jésus faisait avec…, sans se décourager. Il les aimera jusqu’au bout et il versera son sang par amour pour eux, pour nous et pour la multitude. Ce fut le remède efficace pour fonder une nouvelle fraternité au-delà de toute frontière, contre l’exclusion, contre le régionalisme, contre le racisme. Les apôtres aussi verseront plus tard leur sang pour le Christ. St Paul qu’on taxe souvent de misogyne va jusqu’à dire qu’en Jésus-Christ, mort et ressuscité, il n’y a plus l’homme et la femme. Nous sommes tous UN (Ga 3, 28). L’Eglise est UNE. Et dans un diocèse, le presbyterium doit être UNI. Soutenons-nous en cultivant l’esprit de l’Eglise-Famille.

A la racine de nos querelles, il y a souvent un manque d’humilité et une surdose d’instinct de domination dus à une certaine immaturité affective et à nos blessures intérieures non cicatrisées. Il s’agit de l’incapacité de nous assumer, de respecter l’autre tel qu’il est, et d’accepter notre croix. Les susceptibilités et les interprétations négatives fermentent ce climat. Et on regarde son confrère comme un rival à éclipser. On ne dialogue plus avec lui dans la transparence. Les soupçons s’installent. On se convainc que l’autre n’est que mauvais. Et qu’il est peut-être même pire que Satan. On cherche à le discréditer partout et par tous les moyens. C’est vraiment triste de voir deux prêtres qui ne peuvent pas manger ni vivre ensemble. Heureusement que dans notre diocèse, ces cas sont inexistants; mais il faut veiller.

Personnellement, je crois à l’œcuménisme: à l’union des catholiques avec les protestants et avec les orthodoxes. Je crois au dialogue islamo - chrétien, je crois au dialogue avec les adeptes de la religion traditionnelle africaine. Tout cela c’est bien. Mais je crois surtout au Presbyterium UN. œuvrons d’abord pour l’unité du presbyterium, qui commence par l’entente et l’amitié entre Curé et Vicaire, afin que le monde croie. Il y a des personnes qui sont expertes à s’entendre avec tout le monde hors de leur famille et de leur communauté. Mais à l’intérieur, ils sont imbuvables . . .

Souvenez-vous que le saint Curé d’Ars a eu un jeune Vicaire très difficile de caractère. C’est l’Abbé Raymond. Des paroissiens dévoués et un peu trop zélés vinrent trouver un jour le Curé pour lui dire : "Permets-nous d’intervenir auprès de l’Evêque pour qu’on affecte ailleurs votre Vicaire". Et le Saint homme répondit : "Que dirait-on si l’on voyait que deux prêtres n’ont pu s’accorder ? Si je n’avais pas eu cette épreuve je n’aurais jamais su si j’aimais le Bon Dieu". Le message est clair pour les Curés : le signe que vous aimez le Dieu de miséricorde c’est lorsque vous arrivez à supporter vos Vicaires insupportables. Et vice versa. Aimer c’est pardonner. Les Vicaires qui ne supportent pas leurs Curés, et voudraient peut-être les envoyer à la retraite avant l’âge canonique pour prendre leur place, c’est qu’ils n’ont pas d’amour vrai et profond envers Dieu. Le diagnostic est clair et infaillible. Car, « l’amour supporte tout » 1Co13, 7.

L’Evêque, si vous ne le saviez pas, fait partie du presbyterium.  Le presbyterium ne peut pas s’organiser et s’unir sans lui, encore moins contre lui. Dieu merci, à Natitingou il n’y a pas de parti d’opposition à l’Evêque. L’Eglise, n’en déplaisent aux démocrates et aux partisans du multipartisme, n’a qu’un seul parti : le PJC, le Parti de Jésus-Christ. Dans ce parti unique hors de tout schéma politique, il y a des bons, il y a des moins bons. Notre programme de vie c’est la sainteté. Notre plan pastoral c’est d’aimer Dieu par-dessus tout et le prochain comme nous-mêmes, en incluant l’ennemi et en privilégiant le pauvre. L’unique guerre permise est celle contre Satan et le péché. Quelle belle invention de Jésus-Christ ! …

Je vous félicite pour votre empressement à venir aux réunions du presbyterium. C’est bon signe. Car alléguer les tâches pastorales pour être souvent absent est un signe de déséquilibre ou de manque d’organisation chronique. Venez écouter et partager vos expériences. Venez exposer sans agressivité et sans peur vos opinions. Mais soyez prêts à sacrifier vos belles idées si les autres proposent objectivement quelque chose de meilleur.

On sait que L’Evêque est guide du Peuple de Dieu qui lui est confié. Et on oublie souvent de dire qu’il est aussi l’ami des prêtres. Ne le fuyez donc pas. Invitez-vous plutôt à sa table. C’est vrai qu’Il a entre les mains ces trois pouvoirs qui lui viennent d’en-haut : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Dieu merci, cela évite de faire des campagnes électorales coûteuses, ruineuses, et mortifères tous les cinq ans. Mais il partage ces pouvoirs avec le clergé, les consacrés et les laïcs. Il exerce son autorité comme un service. Il exprime ainsi la bonté du Christ envers tous: ouvert, accessible à tous, accueillant et tout donné aux autres. Quoique hiérarchique, le sacerdoce du Christ ne sera jamais considéré comme un moyen pour se couper du monde ou pour  améliorer le statut social du prêtre ni pour écraser les subalternes.

Au contraire, Jésus nous envoie dans le monde comme des agneaux au milieu des loups. Attendons-nous à être critiqués et combattus. En effet, L’Eglise dérange les puissants de ce monde sur les questions de la vie, de la famille et de l’éducation. Il y a parfois contre nous des critiques objectives, vraies et constructives. Il faut les prendre au sérieux et se corriger. Il y a aussi des critiques perfides, des mensonges odieux dont le seul but est de démolir l’Eglise, de nous humilier et de nous discréditer aux yeux de tous. N’employons pas les mêmes méthodes pour contre-attaquer. Notre force est d’être des agneaux, dociles à la voix du Ressuscité, le Bon Berger; c’est lui notre citadelle, notre défenseur. Souvenons-nous que le disciple n’est pas au-dessus du maître. Ces derniers temps, les forces du mal, comme des lions affamés, se ruent violemment sur le Pape et l’Eglise, nous assénant sans pitié des coups de griffes méchants et des morsures de crocs sauvages. Devant toutes ces agressivités, le Pape Benoît XVI, cette force tranquille,  se montre fin imitateur du Christ notre Seigneur, doux et humble de cœur. Par ses silences éloquents et ses enseignements lumineux, il continue d’éclairer et de guider l’Eglise. "Les chiens aboient, la caravane passe". Quel exemple extraordinaire ! Soutenons-le de nos prières, de notre affection et par notre vie sacerdotale digne et sainte. Jésus-Christ a vaincu le monde. Il est avec nous jusqu’à la fin des temps. Relevons la tête. Et ne nous laissons pas abattre. Mais ne portons pas seuls nos souffrances. Partageons-les. Lorsqu’on est tout seul, on ne peut pas aimer. Si Dieu était solitaire, il ne pourrait pas être Amour. A l’image du Dieu Trine, que notre presbyterium vive joyeux, uni et solidaire pour la plus grande gloire de Dieu. Confions tous nos soucis à notre Mère du Ciel, "Mater Ecclesiae", pour que la paix revienne dans tous les presbyterium du monde entier.

Mgr Pascal N’KOUE

Omnium servus

 
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