LA FOI, SI ON L’AVAIT GROS COMME ...
Vous connaissez l’histoire du paralytique de Capharnaüm porté par quatre personnes à Jésus. C’est dans Mc 2, 1-12. Je vous offre ici quelques détails de la scène pour vous exhorter à plus de solidarité et de persévérance dans la foi en Jésus-Christ.
Capharnaüm était un centre commercial en Galilée, un carrefour. Et Jésus en avait fait le centre de ses prédications. Après avoir été absent un moment, il revint de voyage. On le sut aussitôt. De bouche à oreille, la nouvelle se répandit très vite. Il n’y avait pas de téléphone, pas de radio, pas de portable et pourtant ça marchait. En moins d’un quart d’heure, des centaines, des milliers de personnes envahissent la maison. Il fait chaud. On étouffe presque. Un gros nuage s’exhibe sur les têtes et fait espérer quelques gouttes de pluies pour rafraîchir l’atmosphère. La pluie, dans ces régions, est une bénédiction divine comme en Afrique.
Les gens aimaient écouter Jésus. Il nourrissait les foules avec sa parole de vérité. Il parlait en homme qui a autorité et non comme les pharisiens et les scribes, pauvres répétiteurs monotones et tristes, aux longues phrases compliquées et enchevêtrées. Il savait bien que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4, 4). Est-ce que pour moi, la Parole de Dieu tient une grande place dans ma vie ?
L’Evangile nous dit que Jésus était à la maison, probablement chez Simon-Pierre. Arrivent quatre personnes portant un paralytique. Cela fait en tout cinq. Plus de place nulle part. Car toutes les ouvertures sont prises d’assaut, bouchées. Et personne ne veut céder. Le service d’ordre, pourtant très compétent, est débordé. Jacques et Jean, deux colosses en chair et en os, tout fils de tonnerre qu’ils sont, malgré leur regard foudroyant de pyromane, leurs muscles en acier, et leur voix tonitruante, n’impressionnent personne ce jour-là . Pour la première fois dans leur carrière, ils ne comprennent pas. Ils ont envie de déclencher du ciel une apocalypse de feu pour se faire respecter. Car cette foule de vauriens ne les prend pas du tout au sérieux. Constatant l’échec cuisant et lamentable des Boanerguès, pourtant très craints dans la zone, les porteurs ambulanciers montent au créneau. Ils ont beau vociférer « agooo », et gesticuler sur place comme s’ils étaient en transe, rien à faire, personne ne veut céder un mm2. Alors ils essaient de convaincre leur malade à revenir voir Jésus une autre fois : " Pas question", dit-il en se redressant et en remuant son index de gauche à droite. « Il reste encore une possibilité, dit-il d’un ton sec. Nous passerons par le toit ». Mais faire une ouverture dans un toit, sans l’avis du propriétaire, comment réagira-t-il ? Détruire c’est facile. Qui réparera après ? « Peu importe. Le plus important c’est de voir Jésus », rassure le malade. Mais pour monter sur le toit, il faut une échelle, et des cordes solides, au moins quatre. Où les trouver ? En outre, il faut quelqu’un qui sache enlever délicatement les tuiles, un bon charpentier. Et puis, pour le hisser il faut la force d’Hercule. Car il est très lourd. Et plus le temps passe, plus les porteurs s’impatientent. Et plus ils s’impatientent, plus le paralytique s’alourdit et le découragement s’annonce.
Soudain, comme un tonnerre déchirant le ciel serein, il vrombit : "Pas besoin d’échelle. Nous passerons par l’escalier extérieur jusqu’à la terrasse. Les cordes, c’est facile à trouver. Courez vite au lac. Tous les Galiléens sont ici. Ils ont laissé là -bas leurs bateaux amarrés près de la berge. Quatre cordes, non, deux seulement suffiront. Pour enlever les tuiles, je sais faire. Comptez sur moi ». Et de toutes ses forces, il lança : « Allez ! Filez!". Lui, l’immobile dans le brancard, fait mouvoir ciel et terre. On dirait un Général d’armée donnant des ordres à l’artillerie lourde pour l’assaut final. Au bout d’un temps relativement court, la stratégie est mise à exécution. Le trou est fait dans le toit; il faut descendre le paralytique… Mission très délicate.
Madame Képhas, voyant l’état de son logis, entre en crise, je parle de la femme de Simon-Pierre. Elle, épouse d’un pêcheur, mange rarement du poisson frais, car son mari est souvent parti avec Jésus. Quand ils reviennent, la maison se remplit aussitôt de clients indésirables: malades, prostituées, atrophiés, épileptiques, amputés, lépreux, aveugles, publicains etc. Les possédés hurlent comme des sirènes et terrorisent copieusement tout le quartier. On ne peut plus dormir. Et puis, ces amis de Jésus ne sont pas toujours commodes. Ils sont exigeants. Ils salissent la cour. Ils font tout derrière la case, ça dégage. Et Madame Képhas qui aime la propreté boude. Pierre très discrètement la console : "Te fâche pas, chérie. Car les gens guéris reviennent après pour nous apporter qui un peu d’œufs de pintades, qui un peu de maïs ou de riz. C’est encore eux qui te nourrissent quand je suis loin avec le Maître. L’autre jour, il a bien guéri gratuitement ta mère de son neuro paludisme, si non elle serait déjà dans le schéol ". D’accord, mais aujourd’hui, Madame Képhas n’en peut plus. Elle en a marre. Un trou dans le toit de sa maison! Trop c’est trop. Elle s’enflamme de colère. L’adrénaline monte. Les poings sur les hanches, les yeux rouges comme une noix de cola mâchée, elle a envie de balayer tout ce monde-là , une fois pour toutes, en commençant par Simon-Pierre et son ami : deux barbus qui s’aiment à la folie. Incroyable mais vrai! Pendant que les nerfs de Madame s’échauffent, les quatre porteurs, imperturbables, continuent de descendre tranquillement le paralytique avec art et doigté. Et ce bolide se balance gaîment dans les airs, tantôt à droite, tantôt à gauche. A l’intérieur, chacun protège sa tête de ses deux mains, croyant éviter ainsi le risque de se faire écraser par cette masse de chair, qui ressemble à une météorite échappée des espaces intersidéraux. Car les paralytiques, ça pèse des tonnes. Et tout le monde le sait. Jésus seul n’a pas peur. Il se lève, il ouvre ses deux bras pour diriger lui-même la charge de cette grue atypique. Evidemment, comme personne ne veut se faire fracasser le crâne, chacun se serre contre le mur, et ainsi le brancard, avec son contenu, trouve suffisamment de la place pour atterrir au milieu du salon, avec douceur et élégance, comme un hélicoptère présidentiel.
Les quatre porteurs, dégoulinants de sueur et gémissants de fatigue comme des fossoyeurs épuisés, poussent enfin un ouf de soulagement. On se croirait à un beau cirque. Mais non, c’est une scène réelle. Les scribes et les pharisiens qui sont à l’intérieur n’apprécient pas du tout l’exploit de ces énergumènes passant par les toits, comme des acrobates offrant un spectacle sensationnel; en plus, ils ont osé interrompre l’enseignement succulent de Jésus sur la résurrection des morts. C’est un crime de lèse-majesté. Car qu’est-ce qu’un paralytique? Rien qu’un maudit, un enchaîné de Satan, et donc un puni de Dieu. Et pendant que ces " justes" raisonnent ainsi, Jésus lui, apprécie cette trouvaille du passage par le toit. Mais au lieu de dire au malade: « lève-toi et marche », il fait d’abord l’éloge de l’équipe. Il admire leur foi et leur courage avant d’opérer le miracle.Â
Rappelons qu’on n’obtient pas un miracle parce qu’on est parfait. On l’obtient parce qu’on a la foi. Ce paralytique en avait. Ses porteurs aussi. "Si vous avez la foi, gros comme un grain de sénevé…" Vous connaissez la suite. Après chaque guérison Jésus disait: ‘‘va, ta foi t’a sauvé’’. « Seigneur, augmente en nous la foi » devrait faire partie de notre respiration. Plus on croit, plus Dieu nous manifeste ses merveilles... Le paralytique, couché dans sa civière et plein d’espérance, regarde Jésus sans piper mot. Jésus lui sourit et, après avoir respiré profondément dit : « Mon fils tes péchés te sont pardonnés ». Jésus, l’ami des pécheurs, nous étonne: il pardonne même sans aveu et sans confession. Il est vraiment venu pour guérir les malades et délier les pécheurs. Son plus grand souci c’est de réconcilier les hommes avec Dieu. Et il y a des maladies physiques qui sont la conséquence de nos misères et angoisses spirituelles, ou de notre éloignement réel de Dieu. Que de fois nous demandons des biens matériels, des guérisons physiques alors que c’est d’abord d’une guérison spirituelle que nous avons besoin. Si on savait la force et la puissance du Sacrement de Pénitence ! Mais les spécialistes de la Loi, les pharisiens et les scribes au cœur endurci, murmurent : « Blasphème ! Seul Dieu peut pardonner les péchés ». Le paralytique pense la même chose en lui-même: « Laissons le pardon des péchés à Dieu. Toi Rabbi, l’envoyé de Dieu, occupe-toi de mes jambes atrophiées. Je n’ai pas fait tous ces efforts pour la guérison de l’âme seulement ». Comme vous le voyez, la logique des hommes n’est pas celle de Dieu. Notre Seigneur le miséricordieux et le compatissant regarde d’abord le cœur ! C’est là où se trouve le secret de notre bonheur ou de notre misère ! Toute vraie libération commence par là .
Et Jésus, pour attester son autorité divine sur le mal et le péché, dit enfin au paralytique : « Lève-toi, tu m’entends? Prends ton brancard et rentre chez toi ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Il se leva d’un bond, poussa un cri de joie, et montrant bien haut son grabat avec fierté comme un trophée, il sortit en triomphateur, à la vue de tous. Applaudissements. Action de grâce – Merveilles – Gloire à Dieu – Béni soit Dieu – Amen. Alléluia ! Ce fut un miracle que personne ne pouvait nier. Joie du paralytique! Joie des porteurs qui, restés sur le toit, avaient tout suivi par le trou qu’ils avaient fait. Joie de la foule, qui voyait le paralytique gambader sur ses nouvelles jambes comme un jeune poulain.
Même Madame Képhas se mit à pousser des cris de satisfaction et d’émerveillement en dansant dans tous les sens. « Ça valait la peine qu’on enlève quelques tuiles, se dit-elle. Mon frère est charpentier. Il remettra les choses en ordre ». C’est à ce moment là seulement que Jésus s’approche d’elle et lui souffle gentiment à l’oreille : « n’oublie pas que je suis moi-même charpentier. Mais regarde là -haut ». Elle leva les yeux. Tout s’était refermé comme avant, mieux qu’avant. Celui-là qui peut rebâtir l’immense temple de Jérusalem en trois jours, comment ne refermerait-il pas un petit trou en quelques secondes. Elle tomba à ses pieds pour l’adorer. Un toit réparé par Jésus c’est plus beau et plus solide qu’avant. C’est depuis ce jour, que Madame Képhas permit à son époux de suivre partout le Messie, qui ne pense qu’à nous rendre heureux. La foi en Jésus-Christ, si on l’avait gros comme un grain de quinquelibat ou de fonio... que de miracles !
Mgr Pascal N'KOUE
Omnium Servus