LE SAINT SUAIRE DE TURIN
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PLUS ON DONNE GRATUITEMENT, PLUS ON RECOIT... 

Il y eut un grand concours pour savoir qu’elle était la plus belle phrase de la sainte Bible. De belles phrases dans cette bibliothèque exceptionnelle, c’est facile à trouver : « Si on te frappe sur la joue droite, présente l’autre joue », « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit … », « Aime ton prochain comme toi-même », « Ce que tu aimerais qu’on te fasse, fais-le aux autres », « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent »...

TEXTE INTEGRAL

Il y eut un grand concours pour savoir qu’elle était la plus belle phrase de la sainte Bible. De belles phrases dans cette bibliothèque exceptionnelle, c’est facile à trouver : « Si on te frappe sur la joue droite, présente l’autre joue », « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit … », « Aime ton prochain comme toi-même », « Ce que tu aimerais qu’on te fasse, fais-le aux autres », « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent », « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ». Bref, toutes ces pensées divines sont extraordinaires, mais pas faciles à mettre en pratique. D’ailleurs aucune d’elles n’emporta le grand prix mais celle-ci : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils pour que tout homme qui croit en lui soit sauvé ». Dieu Amour d’abord ! Il a tout donné gratis à l’homme jusqu’à son Fils unique, son Fils bien-aimé. Il l’a fait pour nous. Est-ce que nous en sommes vraiment conscients ? Le ciel et la terre, l’air, la pluie, la lune et les étoiles, la mer et les montagnes, le soleil et les vents, les fleuves, le sable, les arbres, les poissons, les reptiles, les bipèdes et les quadrupèdes, les oiseaux qui volent etc. tout cela est donné gratis pour l’usage de l’homme. Et comme si cela était insuffisant, Dieu a même affecté des anges, ces êtres purement spirituels, auprès de nous pour nous guider et nous protéger. Curieusement, alors que Dieu ne fait que donner et se donner, l’homme est tenté de tout garder pour lui-même en oubliant l’Auteur de ces biens. Vous connaissez la parabole de celui qui avait eu d’abondantes récoltes. Il voulut démolir ses greniers pour en construire de plus grands, afin d’entreposer tout son blé et ses biens pour en jouir tout seul, pendant de nombreuses années (Lc 12, 16-21). Et la gratitude envers Dieu? Et le partage avec les autres? Aux calendes grecques. Ce danger d’accumuler uniquement pour soi ne guette pas seulement les riches. Même un pauvre peut être prisonnier du peu qu’il possède. Ecoutons cette petite histoire avant de continuer. Un jeune homme désire entrer au monastère. Le maître des novices lui fait quelques demandes pour vérifier s’il est prêt à tout abandonner pour devenir moine :  Si tu avais trois monnaies en or, les donnerais-tu aux pauvres ?  Oui bien sûr, père, et de tout cœur.  Et si tu avais trois pièces d’argent ? * Bien volontiers, je les donnerais, sans problème.  Et si tu avais trois petites monnaies en cuivre ?  Non, cela non.  Pourquoi ? * Parce que je les ai réellement sur moi en ce moment. L’esprit propriétaire est très répandu parmi nous. Il est la manifestation de deux péchés capitaux: l’égoïsme et l’avarice. Et on peut s’accrocher facilement à un petit clou, à un bouton, à une épingle, à une lame, à un taille-ongles et que sais-je encore, à l’argent bien sûr. "Gardez-vous de toute âpreté au gain", nous avertit le Christ. Car le monde passe avec ses convoitises. L’argent, le sexe, le pouvoir ça va ensemble. Tous les moyens paraissent bons pour les obtenir. A vrai dire l’argent est neutre, tout dépend du cœur de l’homme. Mais, il a quelque chose de fascinant et d’attrayant. Il a vite fait de nous piéger. La Sainte Bible ne le condamne pas à priori. Dès les premières pages, les richesses matérielles apparaissent sous un angle positif : elles contribuent au bonheur de l’homme et sont un signe de la bonté de Dieu. Elles sont même parfois considérées comme une récompense à l’homme fidèle au Seigneur. Et la misère est perçue comme une punition. Mais les richesses ne font pas le bonheur de l’homme. Elles peuvent anesthésier le cœur déséquilibré et empêcher de voir les pauvres et d’entendre le cri des malheureux (cf. la parabole du riche et du pauvre Lazare). Il ne s’agit pas de mépriser l’argent. C’est un bon serviteur mais un mauvais patron. C’est nécessaire d’en avoir, mais c’est mortel de l’idolâtrer ou d’en devenir esclave. On perd le Nord. Le jeune homme riche de l’évangile s’en alla tout triste parce qu’il possédait de grands biens. Saint Paul dira que "l’amour de l’argent est la racine de tous les maux". Il y en a qui ont vendu leurs proches parents pour un peu de sous, après avoir livré leur âme à Mammon ou à des sectes sataniques. Evidemment, dans un climat de mollesse spirituelle généralisée, les repères disparaissent. L’appât du gain facile règne en maître. Le message de la croix est occulté, et l’immoralité sans scrupules est exaltée. Tout geste est finement calculé pour que ça rapporte gros. Peu importe les conséquences. Or Jésus nous rappelle ceci de fondamental: « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Il ne nous prescrit jamais des conseils et des commandements inutiles. Il ne nous demande pas de donner de notre superflu, mais de notre nécessaire. Ce n’est que justice. Car Dieu ne nous donne pas des choses insignifiantes mais vitales. L’importance du don ne repose pas sur la quantité mais sur la gratuité de l’amour. Jésus a fait remarquer que les deux piécettes de la veuve, dans le temple de Jérusalem, avaient plus de poids aux yeux de Dieu que les liasses de billets des gens riches. Il sait rentabiliser le détachement, le service gratuit, l’esprit de pauvreté quand on le met au centre. Lorsque Pierre veut savoir ce qu’il recevra en récompense de ce qu’il a abandonné, Jésus lui répond "le centuple". Aucune banque ne le ferait. Nous nous souvenons aussi de l’histoire de la veuve de Sarepta. En pleine famine, elle cherchait du bois pour préparer le reste de ses provisions, puis mourir. Elle accepta de cuire d’abord une galette pour le prophète Elie. Mais la cruche de farine ne tarit point et la jarre d’huile ne désemplit point, selon la Parole du Seigneur. Et que dire des cinq pains et des deux poissons donnés gratuitement à Jésus; n’ont-ils pas servi à nourrir cinq mille hommes sans compter …? Dieu donne tout à l’homme, mais en même temps il nous demande de nous détacher de tout pour mieux nous attacher à lui. Quel paradoxe ! Au jeune homme riche, Jésus dira : « Va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi ». Donner aux pauvres, quelle perte! Mais quoi de plus rentable! Car « qui donne aux pauvres, prête à Dieu » dit le proverbe. Et Dieu "rembourse" généreusement. Le bien le plus précieux que Dieu donne c’est son Royaume, c’est lui-même, c’est son Esprit Saint, c’est la vie éternelle. Et ce bien est au-dessus de tous les biens visibles et invisibles. Plus on donne, plus Dieu nous donne. Plus on donne gratuitement, plus on reçoit gratuitement. Conscient de la rentabilité de la gratuité, le Pape Benoît XVI monte au créneau, dans son encyclique "Caritas in veritate", pour nous inviter à une nouvelle culture faite de solidarité dans le détachement complet. En pleine crise économique, voici ce qu’il écrit: « Si le développement économique, social et politique veut être authentiquement humain, il doit prendre en considération le principe de gratuité comme expression de fraternité » n° 34. Même aux économistes, gourous du profit à travers le management, et aux hommes politiques, qui ne pensent d’abord qu’à leurs intérêts, le Pape insiste pour qu’ils incluent la gratuité dans leur stratégie. C’est une véritable révolution. Car précisément en ces deux domaines, d’ordinaire, rien ne se fait gratuitement. Leur philosophie c’est plutôt le "do ut des", c'est-à-dire donnant-donnant, gagnant-gagnant, ou donner peu pour recevoir plus. Revenons à nous-mêmes. Car nous sommes tous invités à donner gratuitement; nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à donner. Et il y a toujours un plus pauvre que soi. Demandons-nous tous les jours ce que pouvons-nous faire gratis pour les autres. D’abord ne rien exiger injustement ou égoïstement. Puis commencer par des actes qui ne coûtent rien et qui peuvent faire beaucoup de bien autour de nous : le sourire, la joie, la sympathie, et cela généreusement. Il n’y a aucun risque de tomber en faillite. Curieusement, ça rapporte même beaucoup d’intérêts, peut-être pas en espèces sonnantes et trébuchantes, mais en paix, en amitié. Alors, allez-y. Ne rationnez pas. Donnez gratis de votre temps pour prier et méditer la Parole de Dieu, même pendant les vacances. Car Dieu n’est jamais au repos. La louange et l’adoration, quoi de plus rentable? Le temps que nous perdons pour Dieu est toujours du temps gagné. Notre âme en a besoin toujours et partout. Plus on sera uni à Dieu, plus on sera utile au monde. Donnez aussi de votre temps pour lire de bons livres spirituels, pour vous cultiver chrétiennement puis partager le fruit de vos lectures à d’autres. Donnez gratis de votre temps pour aimer les enfants, pour visiter les malades et les prisonniers, pour aider les élèves qui ont du mal à comprendre leurs exercices, pour faire du travail manuel, pour nettoyer l’église, pour désherber la cour de la paroisse, pour sortir ou rentrer les bancs, pour participer aux réunions paroissiales etc. Donnez gratis aussi de votre argent pour les malades, les petits, les pauvres, sans oublier la formation des séminaristes, des novices et religieux (ses), la subsistance des prêtres. Là aussi, ne rationnez pas. Vous recevrez cent fois plus. Car Dieu c’est le richard des richards. L’argent n’est pas utile quand vous le gardez. « L’argent qu’on garde pourrit, dit le proverbe, l’argent qu’on donne fleurit ». Payez sans retard votre dîme, vos cotisations dans les chorales, les associations, les groupes de prières. Et cela dans un esprit de gratitude envers le Christ crucifié pour nous. L’esprit de détachement doit habiter tout chrétien: laïcs, prêtres et consacrés. Il m’arrive d’avoir peur qu’avec la soif actuelle des commodités, il n’y ait plus de missionnaires qui acceptent d’aller travailler dans des endroits où il n’y a pas encore de réseau téléphonique. Dommage s’il y en a qui boudent les infrastructures provisoires, ou qui exigent des maisons flambant neuves, carrelées, avec électricité, eau courante, frigos et climatiseurs. Ce serait le comble dans un Continent pauvre. Notre apostolat ne pourra jamais être fructueux selon le Seigneur, si nous rejetons la première des béatitudes: l’esprit de pauvreté et de sacrifice. Il est urgent de réintroduire dans nos maisons de formation les notions de mortification et d’ascèse. Car sans la dépossession de soi, on ne possèdera jamais l’Esprit de Jésus. Et notre dévouement laissera à désirer. Donnons gratis notre vie à Dieu, plus exactement redonnons-Lui ce qu’il nous a donné gratis. Le Pape Jean-Paul II avait pour devise « Totus tuus », « Tout à toi ». Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu? Il est temps que nous remettions en cause nos comportements vis-à-vis des biens matériels et des personnes étrangères, appartenant à d’autres peuples. Notre style de vie, les modèles de consommation et d’attitudes que nous adoptons sont-ils conformes à l’évangile? Une vie simple et sobre est une bonne thérapie contre le stress, la déprime, la désolation, le découragement. Osons partager ce que nous avons et ce que nous savons, sans crainte de manquer du nécessaire. C’est une question de foi et de confiance en la divine Providence, qui nous aime tant et ne nous laissera jamais vivre dans la tristesse. L’insigne visible du chrétien c’est la joie. La vraie joie est dans le service humble, dans le lavement des pieds des autres, dans la compassion, dans le souci d’investir pour relever les plus pauvres: ce sont les privilégiés de l’amour de Dieu. Au dernier jour, nous serons jugés par le juste Juge sur le partage fait avec amour. Enfin, éduquons nos enfants non pas à faire un signe de croix quand passe le panier de la quête mais à donner quelque chose, de bon cœur et généreusement, en pensant à Dieu.

Mgr Pascal N'KOUE

Omnium Servus

 

 
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